Emploi

Cet article a été rédigé par

Fabienne Vansteelant
Chargée de mission – CRA Alsace pôle Adultes 67

L’autisme peut se manifester dans des formes très diverses selon les personnes. Celles-ci présentent des particularités, dans leur fonctionnement au quotidien, qui peuvent toucher différents domaines (communication et relations sociales, comportements et intérêts, sensorialité) et nécessiter un accompagnement spécifique et la mise en place d’aménagements.

Les politiques publiques soutenant l’inclusion sociale et professionnelle des personnes avec handicap, à travers divers dispositifs de droit commun ou spécialisés, ont favorisé l’expression des capacités des personnes avec TSA, leur permettant ainsi d’accéder à des formations qualifiantes et d’intégrer le monde du travail.

Les points forts des personnes avec TSA
  • Soucis de la perfection
  • Fiabilité
  • Ponctualité
  • Perception centrée sur les détails
  • Respect des règles
  • Raisonnement concret
  • Pensée originale
  • Intégrité
  • Forte motivation

Un accompagnement spécifique

L’accompagnement spécifique proposé aux personnes avec TSA comprend l’évaluation de la personne, la construction de son projet professionnel, la recherche d’emploi, l’inclusion et le suivi en emploi. Il s’agit d’une démarche active centrée à la fois sur le travailleur handicapé et sur son employeur. L’accompagnement est assuré par un accompagnant en emploi (appelé job coach, conseiller en emploi accompagné, conseiller en insertion, consultant, etc.) et des professionnels du secteur médico-social (psychologue, travailleur social, etc.). Il est indispensable que ces intervenants soient formés à l’autisme. Dans ce sens, le Certificat National d’Intervention en Autisme (CNIA, qui constitue la mesure 64 de la Stratégie Nationale) visera à garantir la qualité des formations dispensées aux professions du travail social grâce à la rédaction de référentiels intégrant les recommandations de bonne pratique. Ce dispositif piloté par le SEPH devrait être mis en place courant 2019.

La coopération de l’ensemble des acteurs œuvrant autour de la personne (les services publics de l’emploi, les services d’accompagnement vers l’emploi, les établissements et services sociaux et médico-sociaux, les centres de réadaptation professionnelle, les employeurs, les aidants familiaux, etc.) est requise.

Accompagner avant l’emploi

L’évaluation des compétences et limitations de la personne avec TSA constitue la base sur laquelle va s’appuyer l’accompagnement. Elle est réalisée à partir d’entretiens et de bilans, mais également de retours de stage/emploi et d’observations en milieu professionnel.

Pour que la personne puisse intégrer le monde du travail dans les meilleures conditions, des pré-requis s’avèrent utiles tels que l’acceptation du handicap, la motivation, l’autonomie personnelle et dans les déplacements, certaines aptitudes (la capacité à faire des choix, prendre des initiatives et demander de l’aide, la flexibilité, la planification), la sphère relationnelle et affective (interactions sociales, habiletés conversationnelles, estime et affirmation de soi, gestion des émotions, vie affective, intime et sexuelle). Les professionnels peuvent travailler ces aspects avec la personne, à l’aide d’outils tels que la psychoéducation, les ateliers collectifs ou individuels pour développer les habiletés socio-professionnelles et les mises en situation. Ces dernières servent à évaluer et à réajuster l’accompagnement.

L’accompagnant en emploi élabore et valide avec la personne, son projet professionnel, puis il l’accompagne dans sa recherche d’emploi et/ou de formation.

L’entretien d’embauche

L’entretien d’embauche constitue souvent un obstacle insurmontable dans l’accès à l’emploi puisqu’il s’agit d’un exercice très difficile pour des personnes présentant des difficultés de communication sociale. En effet, à compétences égales, les candidats vont être jugés sur le savoir-être.

L’évaluation concrète des compétences requise par le poste de travail devra donc être privilégiée, par exemple par le biais d’une mise en situation qui reflète les tâches de travail en adéquation avec le profil de poste.

Toutefois, si l’entretien d’embauche doit avoir lieu, il peut être aménagé en informant le jury des particularités de fonctionnement de la personne et en la préparant. De plus, si besoin, l’accompagnant en emploi peut proposer d’accompagner le candidat et servir de « traducteur » entre lui et le jury.

Accompagner dans l’emploi

Lorsque le travailleur handicapé a trouvé un emploi, il s’agira d’assurer le suivi en emploi afin de sécuriser son parcours professionnel. L’inclusion dans le poste de travail représente une étape essentielle à ne pas sous-estimer. Afin de compenser le handicap, l’environnement et le poste de travail devront faire l’objet d’une évaluation afin de proposer des aménagements rendant le travail concret et prévisible. L’accompagnant en emploi, assisté d’autres professionnels tels que psychologue, travailleur social, ergonome, est présent au début de l’inclusion au poste. Un tuteur en entreprise devra être identifié et une sensibilisation à l’autisme réalisée auprès du collectif de travail.

L’accompagnant en emploi est l’interlocuteur unique du salarié et de son employeur. Il intervient rapidement en cas de situation problème. Des rencontres régulières avec le tuteur devront avoir lieu afin de réajuster, si besoin, les aménagements. L’accompagnement devra se poursuivre aussi longtemps que nécessaire.

L’accompagnant en emploi peut également être interpelé pour un travailleur handicapé occupant déjà un emploi, mais nécessitant des mesures de compensation pour assurer le maintien en emploi. Dans ce cas, l’accompagnement est le même que pour le suivi en emploi.

EN BREF

Un accompagnement spécifique :

  • prenant en compte les particularités de fonctionnement des personnes avec TSA,
  • assuré par des professionnels formés à l’autisme,
  • centré sur le travailleur handicapé et sur son employeur,
  • comprenant l’évaluation de la personne, la construction de son projet professionnel, la recherche d’emploi, l’inclusion et le suivi en emploi.

Des aménagements et des aides :

  • nommer un tuteur en entreprise,
  • sensibiliser le collectif de travail,
  • rendre le travail concret et prévisible en structurant l’environnement et en adaptant les tâches de travail,
  • anticiper et accompagner tout changement,
  • solliciter des aides financières auprès de l’AGEFIPH et du FIPHFP.
Le Job Coaching, qu'est ce que c'est ?

« Le coaching est un processus d’accompagnement à l’action d’individus ou d’équipes. Cet accompagnement vise la libération et l’expression des ressources et des compétences des acteurs, grâce à une activité de soutien pertinent, concomitant et efficient » Jean-Paul Hostier et Gérard Van Mechelen, Coaching Flora, asbl Repères, 2002.

Cette méthode venue des pays anglo-saxons s’est d’abord développée dans les milieux du sport et du spectacle, avant de gagner les entreprises et plus particulièrement l’insertion professionnelle des personnes avec handicap.

Le job coaching est un accompagnement (coaching) à l’emploi (job). Il a inspiré le dispositif d’Emploi Accompagné créé en France en 2016 dont l’objectif est d’insérer durablement les travailleurs handicapés en milieu ordinaire de travail.

L’insertion professionnelle en milieu protégé

Les Recommandations de Bonnes Pratiques Professionnelles sur la problématique de l’« adaptation de l’accompagnement aux attentes et besoins des travailleurs handicapés en Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT) » poursuivent un double objectif :

  • identifier des parcours adaptés aux attentes et besoins des personnes,
  • encourager le développement de pratiques et d’organisations au sein des ESAT susceptibles d’améliorer les réponses apportées.

Concernant l’accompagnement des personnes avec TSA en ESAT, il y a lieu de :

  • sensibiliser à l’autisme l’ensemble de l’équipe,
  • connaître le fonctionnement particulier de la personne : ses ressources, potentialités et limitations,
  • nommer un tuteur/référent clairement identifié par la personne,
  • prendre en compte les attentes de la personne,
  • individualiser l’accompagnement,
  • assurer la coordination avec la famille et les partenaires extérieurs à l’ESAT.

L’accompagnement de ce public s’adapte à ses besoins en terme de communication, structuration du temps, de l’espace et des tâches, prise en compte des aspects sensoriels et vigilance somatique.

Le dispositif Emploi Accompagné

La loi a fixé et encadré sous la dénomination « dispositifs d’emploi accompagné » des modalités d’exercice permettant une reconnaissance, un financement et un accompagnement de personnes dans le cadre de décisions prises par la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (loi du 8 août 2016).

Le dispositif d’emploi accompagné est mis en œuvre aux fins d’insertion dans le milieu ordinaire de travail, par une personne morale gestionnaire qui organise (…) le soutien à l’insertion professionnelle et l’accompagnement médico-social du travailleur handicapé ainsi que l’accompagnement de son employeur (décret du 27 décembre 2016).

Son objectif est de permettre un soutien des personnes accompagnées et de leurs employeurs qui soit souple, adapté à leurs besoins, mobilisable à tout moment du parcours. Il s’agit d’assurer l’accès, le maintien et l’évolution dans l’emploi (guide pratique de l’emploi accompagné édité par les pouvoirs publics – avril 2018).

Le profil des conseillers en emploi accompagné

Le guide pratique de l’emploi accompagné stipule que l’accompagnement repose sur un référent unique auprès de la personne et de l’employeur, nommé conseiller en emploi accompagné, qui doit :

  • être issu de formations variées (en travail social, universitaires générales ou commerciales),
  • avoir une expérience significative du monde du travail,
  • avoir une double culture : travail social / champ du handicap et monde de l’entreprise,
  • consacrer une part significative de son activité aux situations d’emploi,
  • promouvoir l’autonomisation et l’empowerment (pouvoir d’agir par soi-même) des personnes accompagnées,
  • être disponible pour un accompagnement réactif et intensif,
  • être préventif pour anticiper les évolutions de poste, d’activité ou de carrière,
  • être autonome et créatif,
  • avoir des compétences à travailler en réseau, notamment avec les acteurs de l’entreprise.

Concernant plus particulièrement les conseillers accompagnant des personnes avec TSA, nous rajouterons :

  • être capables de prendre en compte les particularités de fonctionnement des personnes (communication sociale, difficulté à s’adapter, sensorialité),
  • être rigoureux et fiables,
  • travailler de manière concrète.

Où s’adresser ?

Pour savoir s’il existe des dispositifs assurant l’accompagnement à l’insertion professionnelle des personnes avec TSA sur un territoire donné et connaitre leurs coordonnées, vous pouvez vous adresser à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) de votre département ou au Centre de Ressources Autisme (CRA) de votre région.

Vous êtes amenés à côtoyer ou travailler avec une personne autiste sur votre lieu de travail. Afin de faciliter vos échanges avec ce collègue et de favoriser le bon déroulement du travail, consultez les points clés sur le site du gouvernement 

     QUELQUES OUTILS CRA
  • Rêves de Bulles
    Rêves de Bulles est un dispositif expérimental et innovant d’accompagnement à l’insertion professionnelle des personnes adultes avec TSA (Troubles du spectre de l’autisme) qui a vu le jour en 2015 dans le Bas-Rhin. Ce projet est le fruit d’un partenariat entre le CRA Alsace (pôle adultes du Bas-Rhin) et l’organisme Action & Compétence (gestionnaire du service Cap emploi 67-68) 
     QUELQUES RESSOURCES
  • Guide 2017 pour l’emploi des personnes en situation de handicap et aménagement raisonnable, Défenseur des Droits
    Ce guide du Défenseur des droits a pour objectif de faire connaitre aux employeurs l’obligation d’aménagement raisonnable, qui reste trop souvent ignorée, et de les accompagner dans la mise en place de mesures appropriées pour l’emploi des travailleurs handicapés.
  • Aspiejob Le site de recherche d’emploi pour les personnes Asperger ou autistes de Haut Niveau
  • Blog Emploi et Handicap d’Audrey Rouby
    Blog sur l’emploi et le handicap. Informe les salariés et les candidats sur leur recherche d’emploi et reconversion professionnelle et aide les entreprises et les associations à valoriser leurs actions envers le handicap.
  • Autisme et intimidation c’est non !
    La Fédération Québécoise de l’Autisme a développé une campagne de sensibilisation sur l’intimidation à l’école et au travail. Cette campagne propose :

    • 3 capsules vidéo de sensibilisation à l’usage des personnes autistes, des familles, des professionnels et de tout neurotypique qui souhaite sensibiliser à l’intimidation des personnes autistes
    • Un guide « Développer les habiletés des personnes autistes dans un contexte d’intimidation » qui contient des outils concrets pour les personnes autistes, leurs parents et les professionnels qui les entourent.
     QUELQUES LIENS
  • Le Barrage | Troubles du spectre Autistique | EDF
    En France, on estime à au moins 1% le nombre de salariés travaillant en milieu ordinaire qui vivent avec un Trouble du Spectre Autistique (TSA). Bien souvent, ces salariés n’ont pas été diagnostiqués. Ils n’en sont parfois pas conscients, de même que leur entourage professionnel. Ce film invite à la conscience de cette différence invisible, qui peut créer au quotidien un barrage dans la relation.
  • Série « Autrement Capables » : Benoît
    LA FNASEPH diffuse son 3ème film d’une série intitulée « Autrement Capables » pour promouvoir les compétences des jeunes porteurs de handicap à travailler en entreprise.